Alimentation et Ramadan : L’équation des produits périmés

Alimentation et Ramadan : L’équation des produits périmés

27 avril 2021 6104 Par Ibrahima SENE

Pendant le mois de ramadan, de nombreux produits alimentaires arrivés à expiration envahissent le marché sénégalais. Si d’aucuns font recours aux commerces de proximité pour faire des économies, d’autres choisissent les grandes surfaces et boutiques par mesure de prudence. Pourquoi un tel choix? Seneweb a interrogé quelques Sénégalais.

« Les grandes surfaces offrent plus de sécurité »

Vêtu d’un boubou traditionnel, l’air pressé et masqué. Sorti du grossiste, ce père de famille du nom de Abdoulaye Ba justifie son choix : «Je choisis les grandes surfaces parce que c’est plus sécurisé, c’est mieux et ça doit être ainsi pour tout le monde parce qu’il y a de l’hygiène, l’accueil déjà c’est bien, c’est propre, l’odeur est bonne et leurs produits sont bien contrôlés et tu peux même acheter à l’aveuglette ». En dehors même du ramadan, il souligne que tout doit être vérifié avant son entrée dans le marché. « Normalement, le vendeur s’il est bien formé, il ne doit pas procéder ainsi. Dès qu’il se rend compte de la date d’expiration de ses produits, il doit tout enlever des étagères ».

Croisé à Derklé, Penda, la quarantaine, drapée de son Djellaba noir avec son foulard enfilé sur la tête embouche la même trompette. « Franchement, moi, je n’achète pas ces produits, ce n’est pas sûr ». D’ailleurs, cela fait un bon bout de temps que cette dame n’utilise plus ces marchandises à cause des échos qu’elle a souvent l’habitude d’avoir sur ces produits nuisibles à la santé surtout ceux qui sont vendus au marché à moindre coût. « On ignore la date de péremption de la boîte de conserve et beaucoup de gens se ruent sur ces produits parce que c’est abordable, ce n’est pas cher. Tu peux avoir deux boîtes à 700. » renchérit-elle.

Tel n’est pas le cas du jeune Aliou Ba trouvé à Derklé, taillé d’un t-shirt et d’un short, sous un arbre, les écouteurs visés dans les oreilles. Mamadou Aliou Ba soutient qu’il convient quand même de faire attention en faisant ses courses, même s’il confirme que sa femme s’en procure mais ne vérifie pas la date, par ignorance. « Je suis marié, j’envoie ma femme pour faire les achats. C’est elle qui achète mais son niveau intellectuel n’est pas élevé, raison pour laquelle, elle ne prend pas le temps de lire ».

Même son de cloche pour Amy Ba. De teint clair, elle revient du marché avec un seau au-dessus de la tête. « Ce n’est rien. Il suffit tout juste de vérifier la date, j’en achète, c’est moins cher mais je regarde la date. Si je me rends compte que la date d’expiration que c’est à moins de 2 ou 1 mois, je n’achète pas. Je sais de quoi je parle, mon mari est boutiquier et souvent, il reçoit la visite du contrôleur. »

Il est 12 H au marché Castors. L’ambiance est au grand rendez-vous. Chez les vendeurs et leurs clients, c’est le grand rush. Ce gérant de charcuterie, Birame Faye semble bien respecter la donne « Nous qui vendons dans les charcuteries, on ne procède pas ainsi. Si la date est périmée, on enlève tout. On contrôle nos bagages et les services d’hygiène sont là ». Non loin de lui, une cliente sous couvert de l’anonymat passe sa commande et de témoigne de sa fidélité à celui-ci : « c’est ici que j’achète tout le temps, je lui fais confiance car il respecte les normes ».

Le service d’hygiène renforce son dispositif de surveillance

Face à cette situation, le Service d’hygiène semble bien prendre ses responsabilités. Le lieutenant Armand Seck, chef de la sous-brigade départementale du service d’hygiène à Dakar rassure. «Pour cette année, nous avons renforcé notre dispositif de surveillance en plus des activités de routine », signale-t-il d’emblée. Une première semaine est réservée, selon lui, à des séances de prospection organisée dans 19 départements répartis dans 4 districts sanitaires, ceci dans le but de ratisser large.

En outre, une équipe de 15 éléments seront déployés dans ces districts afin d’avoir une mainmise sur les produits avariés ou périmés. Et 27 personnes sont localisées pour le moment dans leurs boutiques ou magasins précisément dans le district du Sud regroupant Gueule Tapée dont les marchés. Des communes notamment du district sud à savoir Fass, Gueule Tapée et Colobane, Médina, devront payer une amende, nous dit-il. « C’est une faute, on sert une amende mais ça varie en fonction de la valeur du produit et de la quantité du produit », informe-t-il. Soulignant que beaucoup de produits périmés ou falsifiés constituent une menace pour la santé des consommateurs.

« Un produit qui doit être consommé, avant la date, ne doit même plus être consommé un jour même après cette date » a-t-il conclu.